Fédasil sur les planches.

10 décembre 2011, journée anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits Humains, le centre Fedasil de Woluwé organisait une journée porte ouverte à destination du public et particulièrement du voisinage. L’occasion pour quelques-uns de ses résidents de présenter un spectacle créé avec la compagnie Transe-en-Danse.

C’est un spectacle où les clowns parlent de famine, de dictature et de révolution. Où un chef corrompu en chasse un autre, à grands coups d’argent sale et de promesses fumeuses. Venus du Congo, du Népal, d’Irak ou d’Arménie,  les résidents du centre Fedasil de Woluwé nous livrent quelque chose de leurs histoires, qui à travers ce spectacle multi-ethnique prennent un caractère universel. Malgré des origines et des passés différents, les comédiens partagent leur sentiment d’impuissance face à un système corrompu. Pourtant l’espoir demeure : une nouvelle vie ailleurs, ou l’idée qu’un jour, chez eux, les choses changeront pour de bon.

Mais c’est aussi un spectacle drôle et coloré, où chacun apporte sa touche personnelle, son talent, un petit bout de sa culture. Des chants traditionnels, de la danse, ou des moments de pure comédie viennent ponctuer le récit.

Bart, l’un des  intervenants de l’atelier à l’origine du spectacle, animait le stage de clown . » Le concept de « clown » n’était pas connu par tous les participants. J’ai dû essayer d’expliquer : pour moi le clown est un être qui prend distance avec la réalité, et renvoie à son public, comme un miroir, une réalité déformée  et absurde. Avec les participants on a exploré comment rendre leurs histoires, parfois remplies de tristesse,  plus légères, grâce à l’humour et à cette prise de distance. En faisant cela on amène le public en un lieu où l’on peut tout dire« .

Mamadou, est arrivé de Guinée Conakry en septembre 2011. Journaliste politique, il a été emprisonné pour avoir critiqué le pouvoir en place. « J’ai reçu dans mon émission l’une des figures du principal parti d’opposition. Quelques jours plus tard des hommes sont venus me chercher« .  Mamadou a pu sortir de prison grâce à l’appui d’un ami de sa famille, homme d’affaire influent. Il a néanmoins dû quitter la Guinée, craignant pour sa vie et celle de sa famille. Une fois en Belgique, on lui a conseillé de se rendre au Fedasil de Woluwé. En attendant la réponse à sa demande d’asile, il vit au centre. Une situation pour laquelle il lui a fallu un temps d’adaptation :  » Au début je ne parlais à personne, entre nous c’est à peine si on se saluait. Il faut dire que chacun arrive ici avec son lot de problèmes… Et puis souvent on ne parle pas la  même langue. » Finalement, participer à l’atelier lui a permis de s’ouvrir « Au début j’étais réticent, mais je n’ai pas regretté. J’ai aimé partager avec des personnes de différentes nationalités, discuter des questions techniques… J’ai vu que l’argument était là ! « .

Cette question de la communication était au cœur de l’atelier. « Même si on ne parle pas la même langue, on a tous le besoin de communiquer, insiste Bart. On trouve toujours un moyen: un traducteur, nos mains ou nos émotions. Vu que les gens ici se trouvent dans une situation d’attente difficile et pesante, il a fallu un peu de temps pour créer un groupe soudé et motivé. Mais une fois la dynamique créée, elle pouvait surmonter toutes les  barrières. »

« Moi j’avais le truc,  me dit Dadou , quand j’étais jeune, j’étais rappeur !  » Venu de Kinshasa, lui aussi a dû quitter en urgence son pays pour des raisons politiques. La création du spectacle est arrivée comme un exutoire :  » Ça nous a fait du bien de nous investir. On déstresse au lieu de tourner en rond comme des prisonniers. Aujourd’hui j’espère qu’on va pouvoir faire passer quelque chose de la situation des demandeurs d’asiles ».

Quand la représentation touche à sa fin, les gens se lèvent pour applaudir. Rudy Raes, le coordinateur du centre, est visiblement ému alors que les artistes saluent fièrement. « We gave all we’ve got » me glisse Layth, réfugié irakien, d’un air entendu.

Pour les voisins, c’est une première. « Jusqu’à présent notre seul contact avec le centre, c’est quand je renvoyais la balle des gamins tombée de mon côté du mur » me dit Jean.  « Mais quand on veut, entre les cultures, il n’y a pas de frontière. Il faut le choisir. On croit aussi que la langue est une barrière, il n’en est rien. Le spectacle en témoigne« . Il ajoute : « C’est assez génial comme initiative d’inviter les voisins. Cela apporte de la vie, de la fraîcheur, dans ce quartier un peu trop tranquille. L’intégration passera par là« .

Georgette habite également le quartier. « Ce qui émane du spectacle, c’est la fraternité. Cela m’a touchée« , dit-elle en hochant la tête. Comme d’autres, elle a été interpelée par la façon dont les comédiens communiquaient avec le public. « Il y avait beaucoup de recherche au niveau du non verbal. C’était humoristique et en même temps on comprenait bien le message, presque sans parole« .

Certains spectateurs réagissent de façon plus virulente. « C’est émouvant, c’est leur vécu. Au 21ème siècle tous les gens devraient vivre heureux« , nous dit Dora, venue d’une commune voisine, avant de s’exclamer: « C’est aberrant, on se croirait du temps de Zola. Il faut s’indigner contre ça !« .

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Merci aux participants : Alihasan, Aminata, Bel, Boussé, Cyaurov, Dadou, Gurung, Layth, Mamadou, Mourad, Moustapha, Pandey, Saboor, Shaurav, Rahmani; aux intervenants : Bart Walter , B-Flow, Coline Billen, Rookie-Rock; et à l’équipe du centre Fedasil de Woluwé Saint-Pierre.

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AVIS IMPORTANT ! Layth, menacé de mort dans son pays, risque d’être expulsé.

Depuis la rédaction de cet article, LAYTH, réfugié irakien, qui participait au spectacle et avec qui nous travaillons  régulièrement depuis, dans le cadre du spectacle Danse en Papier, a vu sa demande d’asile refusée. A compter du 14 février, il a 30 jours pour introduire un recours sous peine d’expulsion. Motif du refus: l’Irak, depuis le retrait des troupes américaines en janvier 2012, est considéré comme un territoire « sûr » par les autorités belges. Or, de par ses opinions politiques et son appartenance à la minorité sunnite, Layth est en danger s’il retourne dans son pays. Merci de signer la pétition : http://11083.lapetition.be/

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